Un marché florissant

 

C’est vers 1857, que la nécessité d’un marché couvert se fit à nouveau sentir. Pourquoi ? Depuis 1850, les récoltes sont abondantes et les rendements augmentent. Le poids moyen à l’hectolitre est de 80 k pour le froment de lère et 2e catégorie, 79,200 k pour la 3e catégorie, 72 k pour le seigle, 65 k pour l’orge et 51 k pour l’avoine. Les prix moyens d’un hectolitre sont de 29 F pour le froment, 25 F pour le méteil (mélange de seigle et de froment) + 23,50 F pour le seigle, 17 F pour le maïs introduit depuis plus d’un siècle et de 12,50 F pour l’avoine. Ce florissant commerce du grain représente une ressource susceptible d’enrichir toute une population s’il ne subissait les aléas d’un marché à ciel ouvert, là-bas, du côté de l’ancien “Portal d’Arré”. Il se tient place du Foirail, l’ancestral champ de foire. Au sud, le marché aux bestiaux ; au nord, à l’ombre de la croix de la mission, protégé du bétail voisin par une murette à claire-voie, le marché aux grains. Au milieu, la route départementale n°6, Pau-Auch, venant du pont de l’Echez et empruntant la rue du Château. Précisément, les conversations vont bon train sur l’empierrement prochain de celle-ci. En attendant, les travaux d’alignement, le nivellement de la rue et les derniers chantiers sur le pont de l’Echez engendrent une effervescence à base de curiosité dont s’accommodent fort bien les marchés aux grains et bestiaux fréquentés massivement par marchands, agriculteurs, éleveurs du canton, voisins Béarnais ou Gersois, tenus de “pousser” jusqu’à Vic-en-Bigorre pour conclure leurs transactions cheptelières. Cette intense activité tend à faire de la place du Foirail un haut lieu du commerce régional.


Cette situation privilégiée se détériore pendant la période hivernale. Les jours de pluie, la chaussée, en terre, piétinée par les sabots des hommes et des chevaux, creusée par les chars et les voitures, se dégrade rapidement et rend le grain peu propice aux manipulations qu’exige la vente. Il faut annuler le marché hebdomadaire au grand désappointement de la foule des professionnels. Sombre samedi.

 

Le 8 novembre 1857, le conseil municipal est présidé par Marie Philippe Camille Darros, maire. Les conseillers présents sont : Auguste Bordères, Dinguirard, Dulor, Lafitte, Olympe et Paulin Laffeuillade, Lagarde, Lalanne, Gérard et Henri Layerle, Masclet, Planté, Salles, Lier et Soutra. Dulor propose la construction d’un marché couvert. La proposition est adoptée par 9 voix contre 8, à une voix de majorité ! Le clan des “réalistes” mené par le maire, livrera une rude bataille pour que la programmation de ce projet soit différée. M. Darros rappelle l’engagement financier de la commune pour cette période : restauration de l’Église = 43000 F, reconstruction de la mairie qui menace ruine = 30000 F, établissement d’une bascule publique et de plusieurs bornes-fontaines = 17822 F. Rien n’y fait, le projet est voté. M. Darros, amer, dira : “À présent, il faudra trouver les fonds suffisants sans compromettre l’avenir de la ville”.

 

Le 8 janvier 1858, le maire propose d’ajourner le projet de construction, car l’immense chantier mis en place viendra déborder sur les travaux de la route impériale n°135. N’oublions pas que Louis Napoléon Bonaparte est devenu Napoléon III, depuis décembre 1852, que son prestige est immense après la victorieuse guerre de Crimée, en 1856, et qu’une grande politique de développement économique et de modernisation des villes est conduite à travers le pays. À nouveau, la proposition du maire est rejetée par 11 voix contre 10. Le décompte des voix pour la construction de la halle désigne : Joseph Bordères, Cazabonne, Davantès, Dinguirard, Dulor, Lafitte, Lagarde, Planté, Salles, Lier et Soutra. Au printemps, Dulor, inspirateur du projet, consulte les autorités préfectorales. Il fait savoir au conseil municipal que le Préfet est favorable au projet, à condition que la construction soit de même nature que “les systèmes des gares du Chemin de Fer”. Ce souhait ne sera pas oublié et l’expression figurera sur le devis.


La construction d’une bascule publique, à l’est de la place d’Orléans, fut décidée le 4 avril 1854. Son emplacement fut choisi un peu hâtivement, semble-t-il, puisque le trottoir de la halle vint buter sur cet édicule, gênant considérablement l’entrée principale, à l’est.


Cette difficulté fut réelle, pendant 53 ans ! En effet, il faut attendre le 29 mars 1911, pour que la décision de déplacer la bascule soit prise. Le pont bascule est réceptionné en juillet 1858.