VIC-EN-BIGORRE IL Y A 100 ANS

 

L'arrivée du XXe siècle marque un tournant dans la vie économique et sociale de Vic-en-Bigorre. À l'initiative du maire Joseph Fitte, de nombreuses créations de bâtiments d'utilité publique et d'importants travaux d'embellisse.ment de la ville sont réalisés. Nous entrons dans la "Belle Époque".


Carrefour de la vie religieuse, politique et économique, la place Gambetta, nom donné en hommage à l'homme qui proclama la IIIe République et l'Esplanade du Sendreix - contraction bigourdane de Saint-Erex - cœur de la cité, lieu privilégié de la promenade à l'ombre des platanes, jouissent d'une intense fréquentation. Ancienne place du Commerce, célèbre pour son café et son cercle, la place Gambetta possède son arbre de la Liberté. Replanté en 1878, il devient peu à peu le symbole des libertés communales et de la résistance nationale à l'occupant. Temple de la vie associative, l'Hôtel de Ville abrite depuis le XVIIe siècle les services du Conseil municipal, du District et du Juge de Paix. À l'arrière-plan, se profile le clocher de l'église Saint-Martin, emblème de l'espérance populaire, témoin des grands événements des siècles passés. À la fois sanctuaire de la foi, lieu de réunion des assemblées communales et trait d'union permanent entre la naissance et la mort des hommes, Vic-en-Bigorre s'identifie à sa silhouette particulière.


Inscrite à l'intérieur du canal des Moulins qui délimite le périmètre historique de la ville, l'ancienne Promenade du Nord devient Promenade des Tilleuls, au début du XIXe siècle. Longeant le miroir liquide protégé par des grilles au dessin géométrique, le quai Nord partage pour un temps son nom avec celui des Minimes, Pères de Saint-François d'Assise, logés au couvent tout proche, puis reprend sa personnalité avant de se transformer en boulevard Galliéni, à la fin du grand conflit. Actif, industrieux, encombré de chars agricoles en semaine et de flâneurs diserts sur la promenade dominicale, il connaît les réjouissances nocturnes et les banquets populaires; en ce temps-là, on aime y danser et boire à la fraîcheur de son abondante frondaison.


Incroyable embouteillage d'étaux et de charrettes enchevêtrées, la place du marché offre une vision orientale de l'activité commerçante : Marchands de terre cuite et de sardines, de chapeaux, de foulards, de lainages, de rubans, de boutons et de bibelots, côtoient les marchands de graisse, ferraille et vieux harnais, bouchers et marchands de porc frais. L'imbroglio devient complet lorsque vendeurs de résine, oisons, dindons et canetons, doivent impérativement trouver place à l'intérieur de la lice matérialisée par le canal avec le souci de ne pas empiéter sur les allées et permettre le passage et la manœuvre des charrettes à bras. La marée humaine, difficilement contenue, déborde largement sur le boulevard d'Alsace venant se frotter avec douleur sur les plans de vigne, d'osier et d'aubépine…


Longtemps instable, c'est sous la pression populaire que le service de l'Administration postale trouvera, en 1902, près du canal, le point de consensus. Dès 1904, les services postaux, téléphonique et télégraphique auront la bonne idée de se regrouper.         

 

Ne terminons pas sans dire un mot sur une des plus belles œuvres d'Edmond Desca. "Revanche", cet homme primitif, géant aux flancs ceints d'une peau de bête, armé d'une énorme massue et à l'attitude menaçante, représente le chef-d’œuvre de l'artiste (1). C’est le monument aux morts de 1870-1871 du canton de Vic-en-Bigorre et des guerres coloniales. Érigée au centre de la place Gambetta, au mois de juin 1895, cette magnifique statue lui donne son cachet, sa noblesse (2).


                                                                                         Claude Larronde


(1) “Edmond Desca, le lion de Bigorre” - Claude Larronde - 1989 - Edition Bibliothèque Municipale de Tarbes.


(2) Article paru dans le Bulletin municipal de Vic-en-Bigorre consacré aux dix ans d’action et de gestion municipale - Claude Larronde - 1977-1987.