Le Bigourdan aux mains précieuses

cliché Jacques Hoffbeck

 

Mercredi 4 janvier, 15 h au cadran de l'église paroissiale Saint-Gérin d'Aureilhan. Une foule compacte remplit la nef. Un drapeau tricolore d'ancien combattant est posé à plat, près du cercueil de Julien Betbeder. La voix puissante des "Chanteurs pyrénéens de Tarbes" monte jusqu'au ciel. Pendant la messe, une forte émotion est palpable; çà et là s'échappent des sanglots étouffés. D'yeux rougis, les larmes couleront jusqu'à sa terre d'accueil, le cimetière Égalité de Lourdes. De son lieu de repos, Julien contemplera le Béout, à droite, et le Pic de Jer, à gauche, au-dessus de la vigilante forteresse de Lourdes. Il le souhaitait ainsi.

 

Né à Pouzac, en 1924, Julien se découvre un don, dès son plus jeune âge. Pensez, la maman se lamente devant ces fleurs du jardin sitôt cueillies, aussitôt séchées. Ce legs génétique se révélera à l'âge adulte. La force physique qui se dégageait du magnétothérapeute frappait tous les patients qu'il accueillait avec bonté. Dans le silence, le regard perçant vrillé dans le vôtre, les mains précieuses accomplissaient leur tâche mystérieuse. Pour lui, elles n'étaient que les médiatrices de la souffrance humaine entre terre et ciel. Son diagnostic, tiré d'une connaissance du corps humain qu'il avait patiemment étudié, lui valait la considération de "confrères" médecins qui n'hésitaient pas à lui confier leurs cas désespérés. Oh! Pas pour les guérir, non, mais pour les soulager. 

   

Secondé par sa très chère et si dévouée épouse Mady, Julien ne trichait pas. Au crépuscule de sa vie, à l'heure du bilan qu'il nous commentait de bonne grâce, il constatait les bienfaits surprenants de ses impositions relatés par des lettres émouvantes qu'il conservait pieusement mais aussi, avec humilité, quelques insuccès qu'il attribuait à la volonté divine. 

   

Par milliers, des Hautes-Pyrénées et des départements alentour, les humbles, les sportifs, les artistes, les personnalités, les médecins, ils sont venus, nombreux, solliciter la bienveillance des mains précieuses. Reconnu par ses pairs du Groupement national comme l'aîné, le sage, sa notoriété franchit bientôt l'Hexagone pour des appels d'au-delà les mers. L'homme était curieux de tout, participait, donnait de sa personne : Stadoceste tarbais, Foire des hobbys, Radios amateurs, Club cycliste tarbais, etc. Il se voulait cartésien, curieux contrepoint pour une activité classée non scientifique. Avide de connaissances, il dévorait les ouvrages du métier : magnétisme, organothérapie, homéopathie, phytothérapie, etc. Ses expériences personnelles l'avaient mené fort loin dans la connaissance de la misère physique.

 

Homme de foi, sa dévotion à la Vierge Marie et au padre Pio était entière. Leur intercession était demandée quotidiennement pour tous ses patients dans un bel élan de charité chrétienne. En ma qualité de cousin et au nom de tous, je te dis au revoir Julien, tu nous manques déjà.

 

                                                                                                Claude Larronde 

 

Article paru dans "La Dépêche du Midi" et "La Nouvelle République des Pyrénées" du 13 janvier 2012.

Julien Betbeder - Claude Larronde

cliché Jacques Hoffbeck