L'ELAN PATRIOTIQUE

 

Joseph Fitte

bronze Firmin Michelet - 1914  
collection Claude Larronde

Un deuil cruel

 

La maladie emporte le député maire vicquois, le 11 janvier 1915, à l’hôpital de Bordeaux. Ses amis le pleurent et préparent des funérailles grandioses. Tout ce que le département compte de personnalités politiques est là. Le 7 février 1915, Gustave Rivière, président et doyen du Conseil municipal et Péfaur, deuxième adjoint, proposent d’honorer ce combattant infatigable en donnant le nom de Joseph Fitte à la partie méridionale de l’avenue de Tarbes comprise entre la Halle aux grains et la place de Monda, future place de Verdun. Proposition unanimement acceptée pour ce fidèle serviteur de la cause vicquoise, depuis trente-sept ans. Un bronze d’art moulé en 1914, quelques mois avant l’issue fatale, est réalisé par le sculpteur tarbais Firmin Michelet. Du personnage, il reflète bien la physionomie sereine et bienveillante saisie pour l’éternité. Le 2 décembre 1989, Mlle Raymonde Guttin-Sappey, petite-fille de l’ardent républicain, décide d’offrir à Claude Miqueu, maire de Vic-en-Bigorre, ce souvenir authentique de son grand-père bien-aimé. 

 

Président du Conseil municipal

 

Le 1er avril 1894, le Conseil a félicité Gustave Rivière, ancien capitaine dans l’Armée territoriale, pour avoir, à titre gracieux et pendant plusieurs années, dirigé les exercices militaires au collège de Vic-en-Bigorre qui ont amené à la formation d’un bataillon scolaire. Il a créé une école de musique et de solfège puis une fanfare avec cinquante jeunes gens. On demande pour lui les palmes d’Officier d’Académie.

 
Premier adjoint et fidèle du défunt maire, il adopte le titre de Président du Conseil municipal, à la mort de celui-ci, jusqu’à la première élection d’après-guerre, le 30 novembre 1919 (5). Ce titre sera repris par Bertrand Sourdaa, lors du deuxième conflit mondial, à la disparition de Manuel Fourcade, en décembre 1943.

 
Le 11 avril 1915, la Ville approuve le traité du Ministre de la Guerre concernant les militaires blessés devant être évacués sur l’hôpital de Vic-en-Bigorre. En cela, elle reste fidèle à la tradition vicquoise d’accueillir les combattants blessés depuis la guerre d’Indépendance de l’Espagne et la retraite des divisions du Mal Soult poursuivies par les forces alliées du marquis de Wellington, lors de la campagne des Pyrénées, en 1813-1814. 

 

La grande guerre 1914-1918 


Le 7 décembre 1916, la France est saignée à blanc. Allumé le 21 février, l’Enfer de Verdun n’est pas encore éteint. Depuis le début du conflit, les vicquois déplorent cinquante-neuf morts et de nombreux blessés parmi leurs glorieux Poilus. Une commission d’érection d’un monument à la mémoire des soldats morts pour la France est constituée. Norbert Rosapelly a écrit un article émouvant dans le journal « Les Pyrénées », le 13 août 1916. Fernand de Cardaillac, Président honoraire au Tribunal de la Seine, propose de publier un livre d’or des Combattants de la ville et du canton de Vic-en-Bigorre. L’atmosphère est à la solidarité patriotique. L’exonération de rétribution scolaire d’externat est accordée au fils d’Edgard Kancellary, Sous-lieutenant blessé au « Bois-Foulon », dans l’Aisne, à la tête de ses hommes du 18e Régiment d’Infanterie. Le 24 juin 1918, la nouvelle de la mort d’Edmond Desca consterne les vicquois. Son entourage a constaté que le cœur du maître a cessé de battre aux heures les plus angoissées de l’avance des Allemands sur Compiègne, après l’offensive du Chemin des Dames. 


Le 8 juillet 1918, le Conseil vote 50 F pour l’Office départemental des pupilles de la Nation, 50 F pour l’Association des orphelins de guerre, 100 F pour l’Association des mutilés et réformés militaires de la section de Vic-en-Bigorre. Le 30 août, la souscription pour l’épée d’honneur offerte au Mal Foch « en gage d’admiration et d’affectueux attachement au glorieux soldat » recueille 50 F (6). 


Le 2 décembre 1918, Gustave Rivière, faisant fonction de Maire et Jean-Louis Raignaud, premier adjoint, proposent un changement de noms de rues « pour honorer les hommes politiques éminents et les chefs militaires qui se sont illustrés dans la guerre actuelle ou par des noms de villes ou de régions dans lesquelles ont eu lieu des batailles mémorables ». Les rues suivantes changeront de noms : rue du Château = rue Mal Foch, place du Sendreix = place Clémenceau, Allées du Nord = allées Mal Joffre, Allées du Midi = allées du Mal Pétain, Quai Nord = boulevard Galliéni, Quai Sud = boulevard De Castelnau, place au Bois = place de Verdun, rue du pont Debat = rue de la Marne. Il est également décidé de placer dans la grande salle du Conseil munici.pal une plaque en marbre avec, en lettres d’or, les noms des soldats vicquois morts pour la France (7). 

 

L'hommage aux Poilus vicquois

 

Le 30 janvier 1919, Alice Desca, veuve de l’éminent statuaire, offre à la Ville le groupe en marbre « La lutte pour la vie » qui sera placé dans le vestibule de la mairie. Le 3 juillet, le Conseil, réuni hors séance, adresse au général Pershing, au moment ou ses vaillants soldats et officiers vont quitter notre sol « un salut amical et l’expression de sa plus vive reconnaissance pour l’aide efficace qu’ils ont apporté à l’humanité, à repousser l’envahisseur et assurer la victoire du droit contre la barbarie ». 


Le 10 décembre 1919, un nouveau maire est élu. Jean Barros n’est pas un inconnu pour les conseillers vicquois. Il est parmi eux depuis dix-neuf ans. Élu sur la liste républicaine héritière de la municipalité de Joseph Fitte et comprenant sur sa liste quelques Poilus miraculeusement rescapés, il triomphe de son adversaire Jean-Louis Raignaud de… trois voix ! Celui-ci est élu premier adjoint et Gustave Rivière, doyen de l’assemblée municipale, deuxième adjoint (8). Le 17 septembre 1920, le Conseil délibère sur l’emplacement du futur Monument aux Morts. La place de la République est préférée à la place Gambetta par dix voix contre six. Un comité d’érection, avec à sa tête MM. Villembits, conducteur des Ponts et Chaussées et De Saint-Pastou de Bonrepeaux, se met en place. Le comité prend contact avec Martial Caumont, statuaire tarbais. Un poilu, en bronze, lui est commandé ainsi qu’un trophée, en bronze, représentant les armes de la ville sur le drapeau Français et la force de celui-ci symbolisée par une feuille de chêne. Cet artiste de 42 ans est fils d’un artisan sculpteur sur bois. Il suit les cours de l’École des Beaux-Arts de Toulouse, entre à l’atelier du sculpteur toulousain Falguière, obtient une Médaille au Salon des Artistes Français de Paris, en 1908, devient le premier directeur de l’École des Arts de Tarbes, en 1946, et le restera jusqu’à sa mort, en 1962. À son actif : les bas-reliefs du monument dédié à Maurice Trélut, l’ouvrière de l’Arsenal au cimetière Saint-Jean, le buste du Mal Foch et le Monument aux morts placés dans le hall de l’Hôtel de Ville de Tarbes, le bambin potelé de la Fontaine, face au Régent, placée à l’ouest de la place de Verdun, en 1944.

 
Le 23 novembre 1920, le Président de l’Association des anciens élèves du collège demande l’autorisation d’ériger, dans la cour d’honneur, un monument commémoratif des anciens élèves morts au champ d’honneur. Une collecte est faite au collège abondée de 200 F par le Conseil qui permettra la confection d’une stèle de pierre blanche avec plaques de marbre sur lesquelles les noms seront inscrits en lettres d’or. L’autorisation est accordée. 


Le 7 juillet 1922, le comité d’érection rompt les relations avec l’artiste pour cause de mésentente et abandonne ses prérogatives pour des raisons mal établies (9). Le Conseil municipal prend le relais, accepte le nouveau devis de 30000 F et confie la présidence du comité au colonel vicquois Ernest Saint-Agnès, blessé dans la Marne à la tête du 361e R. I, Officier de la Légion d’Honneur et Croix de guerre avec Palme. 
Louis Caddau, architecte vicquois, dresse le plan du piédestal en marbre d’Arudy. Le bloc mesure 2,43 m et le Poilu 2,50 m de hauteur. 


La statue est achevée le 18 juillet 1923. Avant sa livraison, il faut patienter vingt mois encore pour réaliser le coulage des bronzes et les travaux de finition du Poilu et du trophée. Le 26 décembre 1924, on apprend le décès de Gustave Rivière. 


Enfin, le 8 avril 1925, l’ensemble arrive en gare de Vic-en-Bigorre. Le Conseil, fébrile, s’active, il n’y a pas une minute à perdre. Il serait regrettable que l’inauguration soit repoussée au mois de mai… Après la prochaine élection municipale ! La date retenue est le dimanche 19 avril 1925.

 

Une inauguration émouvante

 

La cité est réveillée par le branle-bas des cloches de l’église Saint-Martin. Le temps est idéal. Une foule énorme, venue de tous les points du canton et des environs, a tenu à assister à cette émouvante cérémonie. Toutes les sociétés ont leur bannière en deuil. Les anciens combattants, qui donnent à cette manifestation le caractère imposant de la reconnaissance aux grands morts, les délégations des écoles et la population vicquoise forment un cortège qui partant de la mairie, à la suite du Conseil municipal, se rend à la cérémonie religieuse.

 
Dans l’église, trop petite malgré ses vastes dimensions, toute la foule ne peut pénétrer et doit faire antichambre sous le porche d’entrée. À 9,30 h, se font entendre les voix de Mme Darmon et Mlle Bonnet, MM. Arrou et Gardome, accompagnés à l’orgue par M. Laffitte. La musique municipale et l’Orphéon prêtent leurs concours. De la chaire, l’abbé Sahuc, enfant de Vic-en-Bigorre et curé de Cauterets, sait, en termes choisis et éloquents, émouvoir tous les cœurs. À l’issue de la messe, le cortège se reforme dans le même ordre pour se diriger vers le monument élevé sur la place de la République qui, pour la circonstance, a reçu une décoration du meilleur goût. L’inauguration du Monument aux Morts a lieu sous la présidence de M. Prosper Noguès, sénateur des H. P, accompagné des parlementaires du département, de Manuel Fourcade, conseiller général, du conseiller d’arrondissement et de M. Manent, Président de la Fédération des Anciens combattants.

 
Sous la direction de M. Sorin, la fanfare joue « La Marseillaise ». Le voile tombe laissant apparaître le magnifique bronze dû au ciseau de Martial Caumont. Le Poilu, revenant du front, le laurier de la Victoire dans la main, impressionne par sa force et sa détermination. Au pied du socle, sont amoncelés les palmes, bouquets et gerbes de fleurs. Viennent les discours : Jean Barros, maire de Vic-en-Bigorre, Manuel Fourcade, conseiller général, Prosper Noguès, sénateur, Armand Achille-Fould, député et Charles Cardebat au nom des Poilus vicquois. Sous la direction de M. Ader, la Lyre chante « Pro Patria », la chorale exécute « Gloire à la France ». 


L’Indépendante joue le « Chant du départ » et la foule recueillie, émue, s’écoule refoulant ses larmes au souvenir des parents et amis qu’ils ne reverront plus. 


Au mois d’avril 1926, une grille métallique, peinte en vert foncé, ceinture le monument aux morts. Le 8 mai 1976, le Poilu est transféré devant le bâtiment des Postes et Télécommunications sur la place Louis Fourcade, ancien déporté de Ravensbrück et maire de Vic-en-Bigorre, de 1971 à 1974.

 
En 2005, d’un élan patriotique, le Poilu a enjambé le canal pour retrouver le gardien du Sendreix sur l’agora vicquoise devenue la place des Combattants de toutes les guerres. 


                                                                                        Claude Larronde 


Notes : 

 

(5) Délibérations municipales - Z3 - 18/04/1911-15/11/1916.

 

(6) La souscription pour l’épée d’honneur du Mal Foch recueillera la coquette somme de 30000 F dépassant de 18000 F le montant nécessaire. Elle fut confectionnée par le sculpteur tarbais Firmin Michelet - ID 35 - Délibération du Conseil municipal de Tarbes lors de la séance du 14 novembre 1918. 

(7) Délibérations municipales - Z4 - 7/12/1916-24/03/1920.

 

(8) « Les Maires de Vic-en-Bigorre de Louis XIV à l’An 2000 » - Claude Larronde - Société Académique des Hautes-Pyrénées - 1999. 

 

(9) La raison principale pourrait être une divergence entre le Comité et le statuaire sur le devis financier qui démarre à 10000 F pour enfler jusqu’à 30000 F. 

Gustave Rivière  
Président du Conseil municipal - 1915-1919

Le Poilu sur l'esplanade d'entrée de la Poste - 1976

collection Claude Larronde

Trophée en bronze

collection Claude Larronde