L'AFFAIRE DE LOURDES

 

Le crime a eu lieu dans la rue du Bourg, à Lourdes, le 21 février 1849. Le Président de la Cour d'assises des Hautes-Pyrénées n'est autre que le célèbre Bascle de Lagrèze (1).

 

Les accusés sont Catherine Bordedebat, veuve Pénougué, 38 ans, ménagère et Jean Gesta, dit Fi-de-Pourret, 40 ans, maréchal-ferrant, tous deux domiciliés à Lourdes. Dans la nuit du 21 février, Antoine Bordedebat disparaît de son domicile. Avertie, la Justice se rend sur les lieux et constate le carnage.

 

Du sang partout : lit, traversin, premier et deuxième matelas, draps, murs maculés. On ne peut croire au suicide. L'homme est «doux, facile, accommodant avec une fortune modique». Le lendemain, une hache tâchée de sang est transportée, sur son épaule, par un enfant qui est vu de ses voisins. Alertée, Catherine Bordedebat s'écrie : «Mon Dieu, je suis morte !».

 

Du 28 février au 16 mars, on fouille du lit du gave à la digue de Peyrouse, le lac et les marais voisins. On va jusqu'à Saint-Pé, à 10 km, où l'on découvre, le 17 mars, le cadavre dans le canal du moulin de Labatut. Plusieurs médecins examinent la dépouille et remarquent 19 blessures à la partie supérieure de la tête occasionnées par un outil tranchant.

 

Quelques témoins parlent. L'un d'eux, Estremé, déclare avoir rencontré l'accusé Gesta et Catherine Bordedebat, petite fille de l'assassiné, dans la rue du Bourg, et l'entendre lui proposer de faire le coup dont ils étaient convenus. Elle lui répond : «Je ne t'aiderai point mais je t'éclairerai». Vers onze heures du soir, il voit Gesta s'introduire chez Bordedebat.

 

Le crime sera décrit minutieusement par Catherine Cazaux-Troubat, petite fille d'Antoine, qui a assisté au forfait : «Des cris plaintifs sortaient de la chambre, à côté. J'aperçus ma tante Catherine tenant un flambeau de résine allumé éclairant Gesta, à genoux, qui frappait à coups redoublés la tête du malheureux». La jeune fille pousse un cri d'épouvante et demande grâce pour son grand-père. Gesta lui répond : «Tais-toi, si tu ne veux pas avoir le même sort !».

 

Qu'est-ce qui pouvait motiver un meurtre aussi odieux ? Il avait existé entre le meurtrier et sa complice des relations «illicites» et un enfant était né de ce commerce. Mariée avec un autre, puis veuve, Catherine était recherchée par Jean Gestas. Elle espérait bien l'épouser, après la mort de sa femme.

 

Antoine Bordedebat ne supportait pas la faiblesse coupable de sa fille et le lui disait. Gesta était un violent. Il décida de faire taire ces «représentations».

 

Le 7 octobre 1849, le Procureur de la République Pic soutient l'accusation lancée par le Procureur général Laporte : «Les meurtriers sont accusés d'homicide volontaire sur la personne d'Antoine Bordedebat, dit Courrau, meunier à Lourdes et le crime a eu lieu avec préméditation et guet-apens». Bayle et Dutour, avocats des accusés, défendent avec énergie mais le jury requiert la peine de mort. L'auditoire est en ébullition, Gesta, surexcité, Catherine, abattue (2).

 

(1) "Histoire du Droit dans les Pyrénées - Comté de Bigorre" - Gustave Bascle de Lagrèze - Imprimerie Impériale - 1867.

 

(2) Archives Départementales des H.P - Affaires criminelles - série U.