Chroniques n° 35 et n° 36 - 4 et 18 mars 2008

Jeanne d'Albret - dessin Oscar Casin

Diu Biban !

 

Voilà bien l’un des jurons favoris des Gascons. Diu Biban! C’est en parcourant l’un des derniers ouvrages d’Oscar Casin, le conteur et si subtil dessinateur humoristique, que j’ai perçu la profondeur linguistique d’un tel juron. On le retrouve à l’aise partout, affirme le conteur philosophe. Il s’insinue sur les places ombragées de nos villages, sur les bancs murettes, près de la fontaine, au milieu d’un marché aux bestiaux, au tournant de discussions acharnées entre éleveurs et maquignons, dans les cafés de campagne enfumés où l’on refait, à satiété, la troisième mi-temps du match de rugby dominical ou les résultats d’élections municipales ou cantonales. Diu Biban est compris aussi bien comme une expression de colère, de surprise, d’étonnement, de joie, d’admiration ou d’extase, précise notre humaniste souriant. Pour illustrer le célèbre juron, il évoque: « Diu Biban! Si tu continues à dire que le maire est un âne, je t’envoie une paire de claques! (colère). Diu Biban! Alors c’est vrai que la Joséphine du Moulin se marie avec Léon? (étonnement). Diu Biban! Que je suis content de te voir! (joie). Diu Biban! La jolie fille! (admiration). Diu Biban de Diu Biban! (le comble de l’émotion!) ».

dessin Oscar Casin

Humeurs et tempéraments

 

Je ne résiste pas au plaisir de la citation de Pierre Laboulinière, secrétaire général de la préfecture des H.P, en 1804, qui, dans un chapitre de «Topographie médicale», dépeint les désordres provoqués par le climat sur les Bigourdans et les conséquences sur leurs humeurs: «Le tempérament des hommes, robuste mais irritable, est très sujet aux affections vives et aiguës, comme les pleurésies, les péripneumonies, les rhumatismes aigus, les catharres, affections qui tiennent aux grandes variations de l’atmosphère et qui sont surtout fréquentes dans les montagnes; celui des femmes plus irritable encore, mais plus faible et plus nerveux, les rend sujettes aux spasmes, aux maux de nerfs, aux affections pulmonaires, surtout dans la classe aisée, et depuis qu’elles vont les bras nus et la gorge découverte et qu’elles s’exposent imprudemment aux impressions de l’air». Puis, il évoque les maladies chroniques: «Depuis quelques années, cependant, le vice scrofuleux et quelques autres dont l’introduction paraît due à la fréquentation des étrangers, se présentent assez souvent». Pour la chronicité, son existence est due au grand usage du maïs, «qui augmente la viscosité des humeurs et surtout à la grande consommation du cochon». Mesdames, couvrez-vous et mangez bio!