Canon de 138 Verchère de Reffye

collection Claude Larronde

 

En 1874, le colonel Auguste Verchère de Reffye propose dʼaméliorer le matériel existant en transformant le canon de 16 en canon de place se chargeant par la culasse avec une fermeture type Treuïlle de Beaulieu. Il en réalise des prototypes à Tarbes, les y essaie et en obtient, avec un obus de 24 kg, des résultats remarquables, tant en portée - 7750 m - quʼen dispersion. Lʼadoption des modifications sʼensuit et la transformation est appliquée à plusieurs dizaines de canons qui reçoivent la désignation « canon de place de 138 mm Mle 1874 ».

Le système Gribeauval

 

La synthèse de tous ces efforts est réalisée par Jean-Baptiste Vaquette de Gribeauval, sous lʼégide du ministre Choiseul, aidé par lʼexpérience acquise du matériel de campagne autrichien. Le 19 décembre 1764, est adopté le premier et durable système cohérent dʼartillerie de campagne français composé de trois canons courts (18 calibres, 145 boulets) de 12, 8 et 4 ainsi que dʼun obusier de 6 pouces tirant un obus explosif de 11,5 kg, avec les affûts, caissons et voitures de service nécessaires à leur mise en oeuvre. 

 

M. de Gribeauval, lieutenant général des armées du Roi et Premier inspecteur de lʼartillerie, de 1764 à 1789, pourvoit ensuite à la rénovation du matériel : 

- de siège, avec deux canons de 24 et de 16. 

- de place, avec deux canons de 12 et de 8 longs. 

- de côté, avec quatre canons de fonte de 36, 24, 16 et 12.

 

Nota : Les divers obusiers et les mortiers de type Gomer ne sont pas évoqués ici. 

 

Le caractère le plus remarquable de lʼoeuvre de Gribeauval nʼest pas lʼexcellente adaptation de ses matériels à leur emploi mais la manière dont ils ont été définis par leur créateur. En vue dʼen permettre la fabrication répétitive dans les meilleures conditions, le dessin des bouches à feu est radicalement simplifié et leur ornementation supprimée. On jugera du changement en comparant LE CASTOR et LE SOURD avec LE SARASIN (Douai 1789) qui a les mêmes dimensions quʼeux. Le passage du siècle de Louis XIV à lʼère préindustrielle du XIXe siècle est déjà pratiquement accompli. Ainsi, le nouveau matériel est véritablement normalisé et lʼinterchangeabilité est assurée jusquʼau niveau des sous-ensembles et des pièces simples. Les dimensions que fixent les tables sont assorties de tolérances de réalisation, les instruments de mesure et de vérification ainsi que les gabarits de fabrication et de contrôle, sont définis avec précision.9 

Lorsquʼaprès la déclaration de guerre, dʼavril 1792, la « fabrication extraordinaire des armes » sʼorganise, des « fonderies révolutionnaires » se créent ici et là pour fournir en canons les volontaires nationaux car chaque bataillon de la Garde Nationale doit être doté de deux pièces de 4 (décret du 14 octobre 1791). Les moyens de ces nouvelles fonderies seront souvent rudimentaires. Le matériel quʼelles fabriquent sʼinspire du 4 de campagne Mle 1764 mais avec des simplifications improvisées. Ce sera la « pièce de 4 républicaine », sans modèle bien défini.

La fonderie de Tarbes

 

Lorsquʼaprès la déclaration de guerre, dʼavril 1792, la « fabrication extraordinaire des armes » sʼorganise, des « fonderies révolutionnaires » se créent ici et là pour fournir en canons les volontaires nationaux car chaque bataillon de la Garde Nationale doit être doté de deux pièces de 4 (décret du 14 octobre 1791). Les moyens de ces nouvelles fonderies seront souvent rudimentaires. Le matériel quʼelles fabriquent sʼinspire du 4 de campagne Mle 1764 mais avec des simplifications improvisées. Ce sera la « pièce de 4 républicaine », sans modèle bien défini.

Couvent des Cordeliers à Tarbes, vers 1907

collection Jean Dupuy

 

Le 30 mai 1793, la Convention Nationale décrète quʼune fonderie de canons sera établie à Tarbes. En fait, cʼest la fonderie de Leyrac (Haute-Garonne) qui est transférée dans le chef-lieu de la Bigorre. Cette décision intervient après le souhait exprimé par le Conseil général du département dʼimplanter une fonderie de canons « dans le double objet dʼenlever à la superstition ses armes et dʼen procurer de nouvelles à la Patrie ». Un arrêté a été pris quelques jours plus tôt pour mettre en réquisition la plupart des cloches du département. Lʼétablissement choisi est le couvent des Frères Cordeliers qui est devenu maison nationale, depuis le 20 décembre 1792, après avoir servi de siège aux États de la province de Bigorre et abrité les dernières séances des assemblées du Clergé et de la Noblesse, au mois dʼavril 1789. Les citoyens Darnaudy et Varnier, venus au département le 3 septembre 1792, constatent que la fonderie nʼexiste pas encore. Les mois sʼécoulent. Secrétan, un luthier-tabletier accepte, enfin, de diriger la fonderie pourvue de bronze et exécute quelques perforations de canons. Mais nʼétant pas du « pays », il regagne son foyer bientôt. La vie éphémère de lʼatelier sʼachève, le 1er juin 1796, car, ce jour-là, le département lʼadjuge pour 6400 F à François Dassieu, officier de santé à Tarbes. La République ayant la permission du propriétaire dʼen jouir tout le temps nécessaire et sans indemnités, on fabrique des baïonnettes, piques, affûts de canons et réparations des trains et équipages dʼartillerie, tous équipements dont lʼArmée des Pyrénées est cruellement dépourvue. Le 10 février 1798, il ne reste plus que « la mécanique et lʼattirail de lʼancienne fonderie » (*).

 

(*) «LʼArsenal de Tarbes - Histoire et Patrimoine» - Claude Larronde - SADHP - 1991.

 

Comme on le voit, la ville de Tarbes ne put participer à ce programme de production de matériels de campagne (canons de 12 et de 8, obusier de 6 pouces) et de siège (canon de 16, obusier de 8 pouces) mais elle avait manifesté de façon concrète sa vocation de ville dʼartillerie.