Guerre d'Indépendance de l'Espagne 

Campagne de l'Armée des Pyrénées 1813-1814

Maréchal Jean de Dieu Soult

 

Le 1er juillet 1813, à Dresde, l'Empereur Napoléon Ier nomme le maréchal Jean de Dieu Soult, lieutenant-général en Espagne, en remplacement de son frère, le roi Joseph, qui après une défaite humiliante à Vitoria, le 21 juin, a dû abandonner piteusement le trésor royal et repasser les Pyrénées dans une fuite éperdue. L'Espagne n'est plus qu'un rêve évanoui.

 

Le 12 juillet 1813, le Mal Soult arrive à Bayonne et se met en quête de réorganiser l'armée du Midi du général Gazan qui bénéficie de sa confiance et devient son Major général. À la tête de son armée, il a gagné Saint-Jean-Pied-de-Port par Roncevaux. Avec l'armée du Centre, le général Drouet d'Erlon a rejoint Urdax et Ainhoa par le col de Maya qui domine la vallée du Baztan. L'armée du Portugal, commandée par le général Reille, franchit la Bidassoa et vient à Sarre par Santesteban et le col d'Echalar. Ces positions sont celles du 27 juillet. Le Maréchal peut compter sur une force de 70000 baïonnettes environ.

 

L'armée du Midi devient l'armée des Pyrénées et elle est restructurée de la manière suivante : à l'aile droite, le général Reille regroupe sous son commandement la 1ère division commandée par Foy, la 7e de Maucune et la 9e de La Martinière ; le Centre du général Drouet d'Erlon est composé de la 2e de Darmagnac, la 3e d'Abbé et la 6e de Darricau ; l'aile gauche est menée par le général Clauzel avec la 4ème division de Conroux, la 5e de Vandermasen et la 8e de Taupin. Le général Villatte est à la tête de la force de réserve qui regroupe des bataillons français avec une forte présence de combattants espagnols, portugais, italiens, suisses, irlandais, polonais et russes. Enfin, la cavalerie légère est commandée par le général Pierre Benoît Soult, frère du maréchal et la grosse cavalerie des Dragons par le général Treilhard.

 

1 - Batailles de la Nivelle, Saint-Pierre-d'Irube et Orthez (Pyrénées-Atlantiques)

 

Le feld-maréchal Wellington peut engager ses forces au-delà de la frontière. Le temps est exécrable. Il pleut, sans discontinuer, de juin à novembre, avec une petite accalmie en automne et, à nouveau, durant tout l'hiver de 1814. Les rivières sont en crue et les chemins difficiles, souvent impraticables. Le 25 juillet 1813, un violent accrochage a lieu sous l'impulsion du Bigourdan Maransin. Le général, sous les ordres de Conroux, veut reprendre le col de Maya, en Navarre espagnole, défendu par deux brigades anglaises commandées par le général Stewart. Les 71e et 92e régiments d'infanterie anglais subissent l'attaque dans le défilé et doivent se réfugier sur la crête. Mais la brigade du Major général Barnes arrive à point nommé pour éviter la défaite. Le feld-maréchal Wellington veut absolument pousser son avantage.

 

Le 31 août, il attaque la 3e division d'Abbé, entre Ainhoa et Urdax et inflige aux Français des pertes estimées à 600 hommes.

 

Le 7 octobre, il tente une nouvelle action mais l'armée du Centre, de Drouet d'Erlon, aidée par les généraux Darmagnac et Darricau, revient à la hâte du camp de Souraïde et le repousse. Néanmoins, il peut s'emparer du sommet de la Rhune et franchir la Bidassoa. Le 7 novembre, il dispose ses armées pour une marche suivant trois directions. Il fait manœuvrer vers la route de la côte basque : Saint-Jean-de-Luz, Guéthary, Bidart, Anglet, Bayonne, face à l'aile droite du général Reille, la ligne Sarre-Saint-Pée-Ustaritz étant défendue par Clauzel placé au centre de la ligne de défense française et la ligne Ainhoa-Cambo protégée par Drouet d'Erlon.

 

Le 10 novembre 1813, il donne le signal de l'attaque générale. À 14 heures, les coalisés ont forcé la trouée d'Amotz et atteignent Saint-Pée. Le feld-maréchal a porté ses efforts sur le centre de Clauzel, puis sur l'aile gauche de Drouet d'Erlon.

 

La communication est coupée entre les deux armées françaises par les bataillons de Clinton et Stewart et la bataille de la Nivelle s'achève par la victoire du Léopard anglais. La guerre se déroule, à présent, sur notre territoire. Soult est furieux quand il apprend la nouvelle dans son quartier général de Saint-Jean-de-Luz. Clauzel est accusé de ne pas avoir provoqué suffisamment de pertes dans les rangs adverses. Conroux, un de ses plus vaillants généraux, a été tué à Amotz.

 

Le 9 décembre 1813, Wellington donne le signal du combat et porte ses plus vives attaques sur Cambo et Ustaritz. Le général Beresford et la division Clinton repoussent la division Darmagnac. Hill traverse la Nive. Stewart est accroché par Foy, pour un temps. La division espagnole de Morillo passe la rivière, à hauteur d'Itxassou. Le général Paris, qui est à Louhoussoa, doit se replier sur Hélette où il est rejoint par le 21e Chasseurs à cheval du colonel Duchastel. La cavalerie de Vivian se porte vers Hasparren où elle est accrochée par la cavalerie de Pierre Soult, frère du maréchal, le 12 décembre, mais elle pousse jusqu'à Labastide-Clairence et même plus loin, à Urt. Le 13, Wellington a traversé la Nive, en tous points.

 

Les divisions ennemies se sont portées devant le camp retranché de Bayonne. Le 10 décembre, vers neuf heures, elles sont repoussées jusqu'aux hauteurs de Barrouillet et de Bidart. Le plateau de Bassussarry est enlevé. Dans l'esprit du maréchal Soult, la défense de la Nive ne mérite pas une défense héroïque pouvant aller jusqu'à la mort. Mais tout le monde fait son devoir et les pertes sont estimées à 31 tués, 222 blessés et 11 prisonniers, chez les officiers, 482 tués, 4613 blessés, 279 prisonniers et 276 manquants, chez les hommes de troupe. Au total, 5914 hommes touchés et 4660 blessés.

 

Le 13 décembre 1813, au petit matin, Soult fait attaquer la droite ennemie, sur la hauteur de Losterenéa, au sud-ouest de Saint-Jean-le-Vieux-Mouguerre. À la tête des 2ème, 3ème et 6ème divisions d'infanterie, une brigade de cavaliers et vingt-deux pièces de canon soutenues par la 5e division de Maransin, le comte d'Erlon donne le signal du combat. La 2e division de Darmagnac s'empare de la hauteur de Portouhiria, entre Saint-Pierre-d'Irube et Saint-Jean-le-vieux-Mouguerre. L'ennemi est stoppé. La 5ème division Maransin vient prêter main forte à la 2e division de Darmagnac. La bataille dite de Saint-Pierre-d'Irube a fait rage toute la journée, sans déplacements significatifs, et a duré jusqu'à la nuit. Cette journée se solde par 3000 soldats français mis hors de combat dont 2500 blessés. Pour Wellington, cette bataille est l'une des plus sanglantes de la campagne d'Espagne : "Je n'ai jamais vu de champ de bataille couvert de tant de morts, ni pareil acharnement entre les combattants". Il a perdu 6000 hommes.

 

Après la défaite de Saint-Pierre-d'Irube, l'espoir de l'Empereur de "se servir de Bayonne comme pivot pour manœuvrer devant l'armée anglaise" n'est plus qu'une chimère. Le maréchal replie Drouet d'Erlon sur Mousserolles et les autres sur la hauteur de Marrac, à Bayonne. Le général Foy est posté sur la rive droite de l'Adour, jusqu'au confluent du gave de Pau. La division Abbé, qui a provoqué l'admiration de Wellington dans son attaque du haut de Saint-Pierre-d'Irube, renforce la garnison de Bayonne et le camp retranché, avec 14000 hommes. Le maréchal demande que le général Bertrand Clauzel, originaire de Mirepoix, dans l'Ariège, tienne la Bidouze "parce qu'il parle la langue du pays et pour ses talents militaires" et que le général Jean Harispe, originaire de Saint-Etienne-de-Baïgorry, soit placé entre Hélette et Saint-Jean-Pied-de-Port. Principale raison de la faiblesse de l'armée des Pyrénées : la perte d'effectifs qu'il faut acheminer vers l'Empereur pour préparer la campagne de France.

 

Le 14 janvier 1814, sur ordre du Major général Berthier, partent pour la frontière de l'Est où se trouve la Grande Armée : deux divisions d'infanterie - 7e du général Jean-François Leval et 9e du général Pierre Boyer -, soit 11300 fantassins répartis en quatre batteries, suivies, le 19 janvier, par 5500 dragons des deux batteries à cheval de la brigade de cavalerie lourde de Treilhard. Toutes ces unités sont envoyées à Orléans. Au début de février, 5000 hommes supplémentaires : tous les gendarmes et 2000 vieux soldats, de dix-neuf régiments, dont le rôle est de recevoir les conscrits, les armer et les organiser en divisions de réserve. Enfin, le 1er mars, une autre colonne de 10000 hommes quitte l'armée des Pyrénées. De 70000 soldats, l'effectif passe à 40000 combattants.

 

Le 27 février 1814 est un dimanche. Wellington décide d'attaquer son adversaire, sur toute son étendue, et déborder ses ailes, à Orthez. Le corps de Beresford fonce sur l'aile droite française pour s'emparer de Saint-Boès après une furieuse bataille. La division Taupin défend ce village avec la division Maransin, placée en arrière, en protection de la route de Dax. Wellington comprend immédiatement que la résistance des Français sera opiniâtre. Il modifie son plan d'offensive. Il fait attaquer la division Darmagnac par le lieutenant général Stappleton Cotton renforcé par la cavalerie de Sommerset. Maransin subit l'assaut de la division Alten et Foy est assailli par les généraux Picton et Clinton. À Saint-Boés, la bataille est acharnée.Le village est pris et repris cinq fois. Le général Béchaud y perd la vie et Foy est blessé par un shrapnel, sorte d'obus inventé par un officier anglais et utilisé pour la première fois par les troupes de Wellington, en Biscaye. Après la bataille d'Orthez, le bilan est lourd : 2300 hommes hors de combat chez l'adversaire, 539 morts et 2052 blessés ou prisonniers parmi nos troupes dont plusieurs officiers.

 

La situation de l'armée des Pyrénées est délicate. Le maréchal Soult recule lentement et engage des combats limités. La stratégie du moment consiste à préserver l'effectif combattant qui peut être estimé à 25000 fantassins, 1000 cavaliers, autant d'hommes à pied et 38 pièces de canon.

 

Le 12 mars, Henri Clarke, ministre de la Guerre, l'estime à 39000 hommes, déduction faite des pertes du combat d'Orthez et des troupes restées à Bayonne. Il faut harceler l'adversaire par des combats violents, mais brefs, de manière à lui faire redouter un danger toujours présent. Se diriger vers Toulouse, tout en longeant les Pyrénées, peut présenter quelque avantage pour Soult qui est originaire du pays. Enfin, sauvegarder un tel effectif doit représenter, pour l'Empereur, l'ultime espoir d'un renfort, venu du Sud, quand tout sera perdu.

 

2 - Batailles de Maubourguet, Vic-en-Bigorre et Tarbes (Hautes-Pyrénées)

 

Le 8 mars 1814, jour de la proclamation de Soult aux soldats de l'armée des Pyrénées, le quartier général se déplace à Tarbes, dans la soirée, avec la 8e division d'Harispe. La 6ème division de Villatte est à Vic-en-Bigorre, le parc d'artillerie à Aire-sur-l'Adour, au carrefour des routes de Tarbes, Tournay, Montréjeau et Boulogne-sur-Gesse. Le maréchal demande à Drouet d'Erlon de se rapprocher de Maubourguet en échelonnant ses deux divisions - 1ère de Darricau et 2e de Darmagnac - entre Monfaucon et Plaisance et d'éclairer les routes d'Auch par Nogaro et Vic-Fezensac, d'une part, et Miélan et Mirande, d'autre part. Reille positionne la 4e division de Taupin à Sombrun, Villefranque et Maubourguet. La 5e division du Bigourdan Maransin est à Maubourguet et Lafitole. La brigade de cavalerie de Berton est à Madiran pour surveiller les routes de Castelnau-Rivière-Basse, Conchez et Viella. La brigade de Vial est en réserve, à Vic-en-Bigorre, avec le général de division de cavalerie Pierre Benoit Soult qui lance quelques détachements sur la route de Morlaàs à Pau et en direction de Lembeye.

 

Le samedi 19 mars, à l'aube, le maréchal est positionné sur le plateau de Lamayou. Il est bien renseigné sur les mouvements de l'ennemi, dans la vallée de l'Adour, et envisage d'attaquer la coalition par un mouvement tournant qui descendrait de la hauteur de Lamayou vers Vic-en-Bigorre, par la route de Morlaàs à Vic-en-Bigorre, franchirait l'Adour, par le chemin de Rabastens de Bigorre, pour remonter par le chemin de Beulat vers Gensac, Lafitole et Maubourguet, sur la rive droite de l'Adour. C'est alors qu'il comprend l'inanité de cette manœuvre : "Je me disposais à me porter sur le corps ennemi qui manœuvrait dans la vallée de l'Adour, lorsque je reconnus moi-même que toute l'armée s'y trouvait et qu'elle se prolongeait sur le contrefort d'Auriébat et de Sauveterre, d'où le 13ème régiment de Chasseurs venait d'être repoussé sur Rabastens".

 

La colonne anglaise de Picton, où a pris place Wellington, vient de Madiran et s'avance vers Maubourguet. Placée à l'avant-garde de cette colonne, la cavalerie hanovrienne de dragons, du Major général von Bock, se présente devant le pont de l'Echez qui a été coupé sur les ordres du maréchal Soult. Elle tente de franchir, à gué, la rivière Echez. Il est neuf heures du matin. À ce moment, les Chasseurs français, cachés, tendent une embuscade et une violente fusillade éclate. Trois cavaliers alliés sont tués et les autres refluent dans Maubourguet.

 

Ce jour-là, il y a trois combats. Le premier, que l'on peut qualifier de violente embuscade, a lieu à l'entrée de Maubourguet, au pont de l'Echez. Le deuxième se déroule en lisière du bois de Marmajou et il est bien délicat de localiser l'emplacement précis où le 21e Chasseurs s'est embusqué. Le troisième choc de la journée, le combat de Vic-en-Bigorre, est d'une extrême violence. La brigade du général J.F. Fririon - 6ème infanterie légère, 69e de ligne et 76e de ligne - soit 1818 hommes, de la 1ère division du Landais Darricau est en première ligne. La 2e division du Toulousain Darmagnac : brigades du général Le Seur - 31e d'infanterie légère, 51e et 75e de ligne - soit 2258 hommes et du général Menne - 118e et 120e de ligne, soit 2494 hommes, est échelonnée en arrière de la ville, appuyée contre la rive gauche de l'Adour, pour prêter main forte. À deux heures de l'après-midi, la bataille fait rage. Les Alliés perdent environ deux cent cinquante soldats et officiers parmi lesquels le colonel Henri Sturgeon mais, à six heures, les Français, submergés par le nombre, doivent se replier.

 

Dans la matinée du dimanche 20 mars 1814, Drouet d'Erlon recule de Pujo et Andrest sur Tarbes. Il place la 2e division de Darmagnac dans les faubourgs de Tarbes et la 1ère division de Darricau surveille la route de Rabastens de Bigorre à Aureilhan. Reille et Clauzel ont reçu les ordres de se placer à l'arrière de Tarbes, sur les hauteurs du plateau d'Oléac, sur la route de Trie-sur-Baïse. C'est le général de cavalerie Pierre Benoit Soult qui est chargé de surveiller les voies parallèles de pénétration de Rabastens à Tarbes. Wellington regroupe ses forces en deux colonnes. Sur la rive gauche de l'Adour et par la route de Vic-en-Bigorre, la colonne de droite est formée du 4ème corps de Hill, précédé par la cavalerie allemande de Bock et le 2e corps de Picton. À travers champs et vignes de hautains, appuyée à la rivière Echez, marche une flanc-garde. Sur la rive droite de l'Adour et par la route de Rabastens à Tarbes, la colonne coalisée veut déborder les Français sur leur droite. Elle est composée de la 3e division légère d'Alten, la brigade légère de hussards de Somerset, la brigade lourde de Ponsomby, la 6ème division de Clinton et le 3e corps espagnol de Freyre. Suit, en couverture, la brigade légère de hussards de Vivian à laquelle viendra s'ajouter, le lendemain matin, la 4e division de Cole pour former la queue de la colonne. On peut compter 6000 cavaliers et 24000 hommes, environ. Au soir du 20 mars, les forces du généralissime Wellington s'étendent de Tarbes à la rivière de l'Arrêt, jusqu'au confluent de l'Arros. Dans son rapport à Bathurst, premier ministre anglais, il déplore 51 tués, 425 blessés et 38 disparus pour les journées du 19 au 20 mars 1814.

 

3 - Bataille de Toulouse (Haute-Garonne)

 

La bataille se déclenche le dimanche 10 avril 1814, jour de Pâques, à 6 heures du matin. Au faubourg Saint-Cyprien, de violentes attaques sont portées contre les brigades Barbot et Rouget soumises aux tirs d'artillerie dirigés contre la redoute de la Patte d'Oie. L'objectif de l'ennemi est de franchir le seul pont qui enjambe la Garonne. La première poussée britannique tourne le dispositif mis en place par le lieutenant général Reille. Au milieu de la matinée, le général Stewart accentue son effort sur tout le front. Le combat a lieu autour des maisons et dans les jardins. À son tour, la brigade portugaise de Harding attaque. Pour économiser ses hommes, Hill en reste là non sans adresser une dernière et sévère salve d'artillerie. Il est trois heures de l'après-midi. Au nord de la ville, sur la rive droite, les coalisés déclenchent une offensive générale au Petit-Gragnague et à l'Embouchure de la Garonne. Le 2e corps de Picton est en première ligne et pousse de nombreuses attaques d'une extrême violence. Au milieu de la matinée, le général Berlier, placé à l'entrée des Minimes, est blessé. Il est remplacé par le général Fririon. Le 3e corps espagnol de Freyre investit la route d'Albi et le mamelon de Lapujade puis il redescend jusqu'au pont Matabiau, à l'extrémité nord du Calvinet, où il essuie le feu meurtrier des Français placés sur la hauteur. Le gros de l'armée coalisée passe par le pont de Croix-Daurade. La 4e division de Taupin arrive à la rescousse pour défendre la redoute de la Sypière, tout ceci dans une grande confusion. Les brigades Cole, Clinton et Lambert, du 1er corps de Beresford, continuent leur montée, en ligne, épaulées par les chasseurs - caçadores - portugais. Alors, Taupin semble commettre une erreur de commandement en ne laissant pas ses hommes en formation groupée sous la charge ennemie. Le général baron y laisse la vie.

 

Le maréchal Soult arrive avec la brigade de l'adjudant-commandant Gasquet pour raffermir le moral défaillant des hommes de Taupin. Rassérénés par la présence du commandant en chef, ils se regroupent et font face malgré des pertes sévères dans leurs rangs.

 

En milieu de matinée, Beresford est parvenu au sommet, au sud du Calvinet, précédant le feld-maréchal Wellington tellement heureux de pouvoir contempler, enfin, la ville de Toulouse. Beresford voit la fatigue de ses hommes affrontant la pente rude sous un feu meurtrier. Il décide de les faire souffler avant de reprendre la conquête de ces collines qui composent la barre du Calvinet. Les combats reprennent avec acharnement en début d'après-midi. Le maréchal Soult comprend qu'il ne pourra tenir la position bien longtemps.

 

À 16 heures, il demande à Clauzel de quitter le sommet et de regrouper ses hommes au pied de la pente. Il garde toujours des positions fortes : les ponts sur le canal du Midi et une artillerie placée sur les remparts avec une réserve de feu intéressante. Les brigades Baurot et Dauture, de la 8e division d'Harispe, sont appelées en renfort, au centre du nouveau dispositif.

 

Vers 18 heures, le gros de son armée est positionné le long du canal. Wellington voudrait bien pousser son avantage mais les pertes coalisées sont importantes et, du haut des remparts, l'artillerie française menace la pente descendante du Calvinet.

 

De 18 à 21 heures, tout semble se figer. Ici où là, quelques coups de feu troublent encore cette douce soirée de printemps. Le feld-maréchal ceinture presque entièrement la ville, à environ trois kilomètres de la ville. Après la fureur de la journée, chaque camp compte ses effectifs.

 

Le 6 avril 1814, l'Empereur abdique mais les belligérants n'apprendront la nouvelle que le 12 avril. La veille, le maréchal Soult a déjà commencé l'évacuation de ses blessés transportables, par barques, sur le canal du Midi. ll ne peut plus séjourner, ici, le ravitaillement lui fait défaut et la population marque son hostilité. Il organise méthodiquement sa retraite vers Carcassonne, seule route, tenue par ses hommes, encore ouverte.

 

Le 12 avril, au matin, tout s'est déroulé comme prévu. Toute l'armée est passée sur le pont de Baziège. L'arrière-garde de Reille, placée sur les hauteurs, aperçoit les corps de Hill et la cavalerie de Somerset, de part et d'autre du canal du Midi. Ceux-ci regardent un repli réussi et ne semblent pas vouloir poursuivre les Français. Wellington entre dans Toulouse, le 12 avril, vers 10 heures. Les émissaires Cooke, pour la coalition et le capitaine Saint-Simon, pour les armées françaises, sont les envoyés du Gouvernement provisoire. Ils arrivent à Toulouse, le 12 avril, à midi. Le feld-maréchal apprend officiellement que l'armistice a été décidé par un Gouvernement provisoire formé à la hâte par Talleyrand. L'émissaire français continue sa route et annonce la cessation des activités aux maréchaux Soult et Suchet, le 13 avril.

 

Le 29 avril, à Carcassonne, les armées des Pyrénées et de Catalogne sont réunies en une armée royale du Midi, sous le commandement de Suchet.

 

Le 1er mai 1814, Jean de Dieu Soult, duc de Dalmatie, rentre chez lui, à Saint-Amans-la-Bastide, dans le Tarn.

 

Claude Larronde