LE CONTRE-UT DE TONY

 

Arnold dans Guillaume Tell

A Marseille, en novembre 1966, il se confie au journaliste Alex Mattalia de France-Soir, pendant les répétitions du "Trouvère" :

"Chaque représentation, pour moi, a été et est encore un combat. Il fallait et il faut que je gagne avec ma voix seule et tous les autres atouts sont contre moi. Je n'ai qu'un supporter : le public". "Me battre, bien sûr, me battre. j'ai commencé ma vie d'homme par là. J'ai 46 ans, comptez. Engagé volontaire, j'ai d'abord été battu en 1940. Fait prisonnier, j'ai su ce que cela coûtait de perdre. A Munich, on a découvert, par hasard dans les veillées, que j'avais une voix. Les Allemands ont voulu m'apprendre à chanter. J'ai refusé. J'ai ainsi perdu 5 ans. Au retour, j'ai encore dû me battre. On n'entre pas à 25 ou 26 ans au Conservatoire, me disait-on. Vous ne pouvez pas apprendre le solfège à cet âge, ajoutait-on. De toute façon, fait comme vous l'êtes, vous n'aurez aucune chance de faire carrière, insistait-on. Alors, moi, j'ai voulu gagner. Malgré tout et malgré tous".

 

Le journaliste : "Malgré tous, dites-vous ?".

 

"Non, pas tous, j'ai eu de bons amis : Dassary et Mariano m'ont aidé à faire des cachetons dans les chœurs de la Gaité Lyrique; puis, j'ai travaillé aux Halles pour gagner, en deux heures de nuit, l'indispensable complément à ma petite bourse d'étude. Mme Vuillermoz m'a encouragé à apprendre le solfège car : "Sans ça, mon petit, tu ne feras jamais rien", disait-elle. Le Conservatoire m'a consenti une sorte de crédit de trois ans. Je ne crois pas avoir déçu ceux qui me firent confiance. Sorti 2e sur 42, "Voix d'Or" à Cannes, en 1954, meilleures recettes de France, actuellement".

 

Alex Mattalia : "Au faîte de votre carrière, regrettez-vous quelque chose ?".

 

"Je regrette peut-être qu'il m'ait fallu aller en Italie, à Milan, étudier avec Narucci, le chef d'orchestre, pour bien placer ma voix, bien placer mes rôles. Il y a des voix en France, mais l'école de chant française, c'est une catastrophe : que de voix perdues à cause de cela ! Or, il faut retrouver des voix, de belles, grandes voix, des voix longues. Il le faut pour sauver le théâtre lyrique".

 

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Mathilde dans "Guillaume Tell"

"Alors, satisfait ?" conclue le journaliste.

"Oui ! Pourquoi pas. J'ai réussi, non ? J'ai vaincu en ténor héroïque. Je peux chanter "Le Trouvère", "Aïda", ou "Le Pays du sourire", "Carmen" , "Les Huguenots" et tout ça dans le ton ! Les Italiens transposent. Moi, je veux chanter dans le ton, c'est mon panache à moi". Emouvants aveux de notre Bigourdan...

 

En 1966, au théâtre de Bayonne, il galvanise une salle comble et enthousiaste avec vingt-deux contre-ut et un contre-ré bémol que délivre Arnold dans "Guillaume Tell" dominant de sa voix d'or chœur et orchestre. Mes aïeux, quelle pureté dans l'aigu !

 

La même année, l'amour immodéré des Toulousains pour le "Bel canto" fait un triomphe à l'artiste pyrénéen qui sort du Capitole sur les épaules de mélomanes déchainés par la vaillance d'Arnold. Tony avoue, ce soir-là, que "Guillaume Tell" est d'une difficulté inouïe : "Je dois me donner à fond. A la fin du duo avec Mathilde, mon cœur bat à cent cinquante pulsations à la minute. Le lendemain, je suis rompu. C'est un ouvrage que dans quatre ou cinq ans je ne chanterai plus".En 1968, il éblouit la salle, à Gand. 

 

Dans le rôle d'Eléazar, père de la Juive, il chavire le public, debout, qui ne veut plus se rasseoir après "Rachel quand du Seigneur" et, d'un chant désincarné qui confine à l'extase, il atteint la communion et le détachement des spectateurs avec "Dieu que ma voix tremblante". La voix de Tony n'a pas tremblé. Volume majestueux, timbre exceptionnel, égalité sur toute la tessiture, légato, telle une coulée d'airain, aux nuances d'une couleur admirable. 

Ces 2 extraits sont à cette première adresse

 

La Juive - "Rachel, quand du seigneur"

 

La Juive - "Dieu, que ma voix tremblante"