Chroniques n° 5 et 6 - 22 et 29 mai 2007

photo Félix Etchepare

Saint-Brice en Magnoac

 

En 1985, j'ai rencontré le père Félix Etchepare dans l'atelier de l'imprimerie tarbaise Saint-Joseph de M. Arnaez. 

 

Nous étions là à deviser aimablement sur les difficultés de publication d'un premier ouvrage. Machinalement, je feuilletais les épreuves de cet oblat de l'ordre de Saint-Benoit. Érudit et ermite de Saint-Brice, le qualifiait son préfacier, le regretté chanoine Jean-Baptiste Laffon. Fichtre! Un ermite en Hautes-Pyrénées? Tout là-haut, là-haut, alors.

 

Non, non, en bas, dans la vaste forêt de 50 ha du Magnoac. En 1972, deux amis lui indiquent une vieille chapelle enfouie, ruinée. Sise sur la commune de Betbèze, à deux lieues de Castelnau-Magnoac, la chapelle romane de Saint-Brice appartenant à Péguilhan de Larboust, marquis de Thermes, est recouverte par une véritable jungle. 

 

Courageux défricheur, le père Etchepare réussit à débarrasser l'édifice de sa gangue végétale. Il gardera longtemps un lierre de 68 cm de diamètre. Il déblaye les alentours, fait expertiser les ossements humains par André Clot et les tessons de poteries anciennes par Roland Coquerel.

 

Choisi par les Gaulois, occupé longtemps par les Romains, le petit rocher de Saint-Brice était, depuis toujours, un haut lieu prédestiné. 

dessin Robert Bétirac

Les forges de Saint-Pé

 

En 1794, un atelier de forges est créé pour fabriquer des clous destinés à l'armée des Pyrénées occidentales.

 

En guerre avec toute l'Europe, la jeune République française doit protéger ses frontières. On pensa d'abord à Tarbes mais la main-d'œuvre spécialisée manquait. 

 

Pierre Pomès, ancien maire de la ville, me raconta qu'alors on se souvint que Saint-Pé possédait les meilleurs ouvriers pour cette tâche bien que ceux-ci refusassent d'aller travailler au chef-lieu malgré menaces et salaires alléchants. Même le Conseil municipal rejeta la poursuite des "déserteurs". Les autorités militaires se résignèrent à installer l'atelier à Saint-Pé. 

 

Le commissaire Beaupré, surveillant des troupes à cheval, vint superviser la mise en place, le 24 septembre 1794. Le maire Henri Bureu, cloutier de son état, choisit, par provocation sans doute, le bas-côté sud de l'église affecté au service de la paroisse. 

 

Les charbonniers de la commune furent réquisitionnés pour les 4 forges installées dans la maison de Dieu; 16 ouvriers dont 6 cloutiers et 1 souffleur furent embauchés pour l'atelier à 30 livres de pain par jour. 

 

Une aubaine après la disette de 1793, mais je crois bien qu'ils travaillèrent pour des clous.