Chroniques n° 33 et 34 - 19 et 26 février 2008

dessin de Eyde

Pitié pour les Cagots

 

Le 31 décembre 1696, à Siarrouy, sont réunis dans la maison de Jean Betbèze et devant Ducos, notaire royal, Dominique et Jean Campagnolle de Tostat, Dominique Larrieu d’Aurensan et Jean Barrère de Sarniguet. Ces hommes ont la particularité commune d’être cagots. Ils attendent quelques instants l’arrivée de deux autres représentants de leurs frères d’infortune: Bertrand Dévèze, maître charpentier habitant de la ville de Tarbes et Jean Mascaras de Talazac. Tout le monde est là. Dominique Campagnolle demande au notaire royal d’enregistrer sa déposition. En substance, les cagots de Bigorre n’acceptent plus les injures et les vexations des populations au milieu desquelles ils vivent, nonobstant les ordonnances royales rendues en leur faveur. Ils décident de se grouper dans un Syndicat et chargeront leur ami Guillaume Bouix, maître charpentier de Bagnères, de poursuivre devant le procureur et même, s’il le faut, devant l’Intendant de la Province, à Pau, tout offenseur ayant proféré les insultes suivantes: cagots, capots, ladres, gahets, gésites, gésitains, etc. Tout offensé qui transigera, s’accommodera ou ne portera pas sa plainte, sera redevable d’une amende de 500 livres tournois (environ 25000 € d'aujourd'hui). Non, mais!

dessin de Eyde

Peste et calamités

 

De 1653 à 1655, la peste sévit, meurtrière, en Bigorre. Des villages virent disparaître les trois-quarts de leurs habitants. À Vic-Bigorre, périrent ceux qui ne s’enfuirent pas. Pour conjurer le sinistre, les gens affolés se tournaient vers le ciel ou vers les spécialistes renommés en la matière: les chirurgiens de peste. C’est aux étrangers que les communes faisaient généralement appel. À Montfaucon, ce fut l’auvergnat Chapsal, à raison de 200 livres mensuelles. À Vic, Larose vint de Chartres, pour 150 livres. La désinfection des maisons se payait à part. Ces chirurgiens étaient secondés par des « capitaines de santé » chargés surtout du ravitaillement et de l’installation des « huttes » d’isolement, au taux de 250 à 300 livres, par des « corbeaux » au masque de protection si caractéristique. Leur salaire était misérable, de 40 à 60 livres, à Bagnères, réduit, parfois, à une pinte de vin par fosse mais « fournie d’avance ». Le péril était grand pour ces pauvres hères chargés de l’ensevelissement et l’inhumation. Partout où ils se trouvaient, les religieux prêtaient charitablement leur concours, tels les moines de Bédous, au XVIe siècle. On faisait la chasse aux chiens et chats errants mais on ne pensait pas aux rats d'où venait le mal.