Chroniques n° 23 et 24 - 20 et 27 novembre 2007

La palette de Salies

 

   On ne dira jamais assez ce que le patrimoine bigourdan doit à Achille Jubinal, député des H. P au Corps législatif, de 1852 à 1870. Il fait don d'une partie de ses collections au musée Salies qu'il a constitué et, fort de l'amitié qui le lie à la princesse Mathilde, cousine de Napoléon III et maîtresse du surintendant des Beaux-Arts, il intervient auprès des services de l'État pour obtenir un apport important de toiles issues des grands Salons parisiens. 

 

    Puis vient le legs du drapier toulousain Justin Daléas qui fait construire le bâtiment actuel. Une seule exigence : le musée s'appellera Salies, du nom de la source voisine qui l'aurait guéri. 

 

    Achevée en 1931, la façade de l'architecte Jaussely rappelle délicieusement les Arts Décoratifs, en 1925. Salies est un beau musée qui abrite une collection importante de faïences XVIIe et XVIIIe de Moustiers, Marseille, Montpellier, Strasbourg, des porcelaines de la Compagnie des Indes du XVIIIe, une collection d'ex-voto Romains, des monnaies antiques, des paysagistes de Barbizon, des œuvres de grands peintres : Jongkind, Daubigny, Laurens, Vigneron et les aquarelles de notre Blanche Odin, la sublime, sans qui la réputation du musée ne serait pas ce qu'elle est. 

collection Jean Dupuy

Le préfet de Sarrouilles

 

    Dans un récent ouvrage sur Tarbes, il y a cent ans, rédigé avec mon ami Jean Dupuy,nous évoquions une figure légendaire locale connue sous le sobriquet de "Préfet de Sarrouilles".

 

    Ce personnage picaresque avait pour patronyme Despaux. Colporteur connu des tarbais et grande vedette à Sarrouilles, il était doté d'un physique de théâtre. Tête carrée, lèvres tombantes, pommettes saillantes, yeux égarés, cheveux rares, une silhouette que n'aurait pas reniée Dubout. Il traînait un surtout noir, poli et lustré comme un miroir. Un pantalon rayé, tire-bouchonnant et verdissant complétait le "deux pièces".

 

    L'homme, plié en deux, chaussait des bottines solennelles et baîllantes de la tige et de la semelle. Son étal ambulant, maintenu sur le ventre par deux courroies, proposait du papier à lettre, des lacets, des jarretières, des muselières à vaches, du papier d'Arménie et l'almanach de Limoges. Les jours de marché, il offrait des bougies aux paysans qu'il attendait à la Patte d'Oie, dès la nuit tombée. 

 

    Sa compagne Clotilde Deffès était fière de son homme. Rencontrant Mme Dupré,la préfète de Tarbes, en 1902, elle lui assurait qu'elle était la femme du collègue de son mari… le préfet de Sarrouilles !